Après le succès de la mission “Zoreildécolées”, E.T. m’a confié un nouveau travail au combien important. Il s’agit toujours de démasquer un extraterrestre venu d’ailleurs et pourtant on ne s’en lasse pas. Pour accomplir ce travail, il m’a fallu infiltrer une société secrète et très sélective. Le plan était donc de me faire embocher par la mairie d’une commune ne peux citer pour des raisons de sécurité, je ne vous apprends rien de ce côté là. Grâce à un inexplicable tour de passe-passe, j’ai réussi à me faire affecter dans le service des jardiniers ce qui est très important pouisque c’est là que se trouve la personne que je dois surveiller. Après près de trois semaines de travail intensif en sous-marin, je me permets de vous livrer un petit résumé de ma journée d’aujourd’hui (les autres lui ressemblent étrangement). Je tiens à préciser que mes soupçons concernant la personnalité extraterrestre de celui que nous appelons J.S. ont été confirmé par l’intéressé lui-même qui m’a avoué texto qu’il venait d’une autre planète.
Comme vous avez sans doute pu le remarquer, depuis plus d’un mois, c’est l’été, en France. Pluie, température avoisinant les 14 degrés… bref, e bonheur, quoi. Alors sous ce temps de chien, à qui refile-t-on le travail de merde? A la petite jeune, évidemment, elle est la pour les vacances, alors elle n’a pas son mot dire. Et moi, pendant ce temps? Je souris et je fais semblant d’être niaise (je vous rassure, pour moi c’est pas trop compliqué, je fais ça très bien) car c’est indispensable au bon déroulement de ma mission.
Tout ça pour dire que je me retrouve ce matin, à 8h sous la pluie, dans la décheterie végétale à attendre que de charmants citoyens écolos viennent déposer leurs végétaux morts.
Ces évènements se déroulent entre 8h et 9h du matin
Je suis vétue de chaussures de sécurité bleu foncé taille 40 (je précise que je chausse du 38) qui me permettre d’avoir une démarche fort élégante (en gros, je marche comme un clown), du jean le plus moche que j’ai trouvé dans mon armoire, d’une veste de survet’ que je portais en 3e (je n’ai pas vraiment grandit depuis, et j’étais déjà presque la plus petite de ma classe, mais c’est pas grave, je le vis bien, je le vis bien… ou pas), d’un chasuble jaune fluo taille XL et enfin, la cerise sur le gâteau, d’un imperméable vert kaki taille XXXXL. Et même comme ça, j’ai la classe… non trêve de plaisanterie, le look c’est super important pour passer inaperçue. Si vous souhaitez obtenir des leçons de camoufflage, il suffit de demander, je suis une pro. Bref, tout ça pour dire, que j’ai déambuler dans MA déchetrie pendant une bonne demi-heure jusqu’à ce qu’un vieille R5 franchisse le portail. Le gars ouvre la vitre et me demande:
_ Je décharge où?
Je lui désigne un tas de végétaux en décomposition. Il recule, coupe son moteur, sort de sa voiture et me dit:
_ Y’en a marre de cette pluie.
Je réponds “c’est sûr” en souriant, avec une violente envie de lui dire “Et encore, toi, ça fait pas une demi-heure que tu es dessous”.
Le gars jette son bazar et se casse. Je me retrouve la comme une conne, mais ça j’ai l’habitude. Et j’attends. Au bout de trois heures au moins, je regarde ma montre et je me rends compte que ça ne fait que dix minutes… la journée va être longue.
C’est alors qu’une nouvelle voiture se dirige vers l’entrée de la décheterie… 8h56 8h57 8h58 8h59. Fin de l’épisode.
Ces évènements se déroulent entre 9h et 10h du matin…
Je me dis enfin de l’action mais au final c’est un gentil papi qui vient jeter sa tonte de gazon. Pour commencer, il me demande:
_ Je décharge où?
Je lui réponds et le gars entame la conversation:
_ Y’en a marre de cette pluie!
Je réponds “c’est sûr” en souriant, avec une violente envie de lui dire “Et encore, toi, ça fait pas une heure que tu es dessous”.
Après son départ, je me retrouve seule. Alors je marche. Un peu. En rond. J’écoute les oiseaux et la pluie sur mon imper’, ça semble poétique dit comme ça, mais en réalité, je… me fais chier. Je guette les deux trois passants, étudie leur profil scanne l’iris de leurs yeux mais rien à faire, il n’y a que gens bien. 9h58 9h59. Fin de l’épisode.
Ces évènements se déroulent entre 10h et 11h du matin…
J’allume mon portable et commence à écouter de la musique, il faut bien faire passer le temps. Au bout de 10 minutes, je suis en rade de batterie. Le temps va être long. Pour me consoler, je pense à tout les malchanceux qui planchent sur leur sujet de philo. Il y a moyen qu’ils s’ennuient encore plus que moi, alors je ne vais pas trop me plaindre… surtout que moi, c’est pour la bonne cause, souvenons-nous qu’il s’agit de dénicher un extraterrestre potentiellement dangereux pour l’humanité.
Aux alentours de 10h30, j’entends des bruits de pas sur la route (et oui, j’ai l’ouïe fine). Je me plaque contre le grillage (parce que Jack Bauer se plaque toujours contre les murs quand le danger se fait sentir, mais que dans ma déchetrie, il n’y a pas de mur, alors on fait avec les moyens du bord, je suis sûre que c’est ce que ferait notre ami Jack). Je vois la silouhette approcher. Sujet approchant les 70 ans, légère surcharge pondérale, cheveux grisonnant… en fait, c’est juste un gars qui vient jeter le contenu de sa brouette. Il me regarde et me dit:
_Ah!? Une nouvelle… Y’en a marre de cette pluie!
Je réponds “c’est sûr” en souriant, avec une violente envie de lui dire “Et encore, toi, ça fait pas deuxs heures et demi que tu es dessous”.
Puis, j’aperçois un camion que je connais (et ouias, c’est mes potes les camions)… des collègues. Ils me demandent comment ça va, si je suis pas trop mouillées et tout et tout et avant de partir, ils promettent de venir me chercher dans une heure. Le collègue regarde sa montre avant de rectifier… une heure et quart. Alors je patiente, car la patience est la qualité première de tout bon enquêteur. Je patiente. Et je patiente encore. 10h58 10h59. Fin de l’épisode.
Ces évènements se déroulent entre 11h et midi…
C’est long quatre heures. Quand je pense que les épisodes 24, on ne les voit pas passer… ça fait méditer sur la relativité du temps qui passe (bon sujet de philo d’ailleurs, mais au lieu de ça ils ont eu “Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible ?” ou encore “L’art transforme-t-il notre conscience du réel ?”, je me demande de la gueule de qui ils se foutent, mais bon). Enfin bref, une heure plus tard, il ne s’est toujours rien passé (donc je vous épargne le décompte des vingt dernières minutes que je me suis imposé). 11h59 12. Fin de l’épisode. et j’espère qu’il n’y en aura pas d’autre comme ça, c’est trop chiant.
12h01, 12h02… 12h05… 12h10… putain, ils sont toujours pas venus me chercher. 12h15, un camion se profile à l’horizon. Enfin.
Voilà, ce petit article avait pour but de montrer aux éventuels candidats que le métier d’enquêteurs extraterrestres n’est pas tout les jours synonymes d’aventure. D’ailleurs, concernant mon enquête, je suis au point mort, l’extraterrestre présumé étant en arrêt maladie depuis trois jours pour une douleur à l’oreille droite. Fait chier…